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S2 - bonus - Louise dans les Pyrénées

Suite des bonus de la saison 2.... Cette fois, au printemps 1953, Louise s'en va avec Paul rencontrer sa future belle-famille.


Il en était des mariages comme des jolis magasins de chapeaux à Toulouse que Louise ne connaissait pourtant pas. Dans la vitrine, elles avaient fière allure les plumes de paon qui ornaient les galurins hors de prix, rangés avec élégance sur des têtes de bois au milieu de décors improbables tout comme les sourires accrochés aux visages le jour de la cérémonie des épousailles. Pourtant dans l'arrière boutique, il y avait parfois du raffut, les boutiquiers et vendeuses répandaient les papiers de soie et les cartons à chapeaux sans avoir le temps de les ranger pressés par des clients agacés et par bien des aspects, cela ressemblait aux désordres familiaux qu'on pouvait connaître avant les mariages.

Celui de Louise et Paul ne dérogea pas à la règle. Bien sûr, il y eut des soubresauts à la Borde Perdue mais Léonce avait regagné le rang rapidement, flatté d'être celui qui conduirait la jeune femme vers son promis devant l'autel.


Paul, à l'occasion d'une pause printanière, s'en fut annoncer la nouvelle à sa famille. De vive voix. Il la leur avait écrite bien sûr mais il fallait officialiser.

Louise qui l'accompagnait pour le périple de deux jours, s'émerveillait de son premier voyage en train. Castelnaudary, Toulouse Matabiau, Luchon... Comme la campagne était belle ! jamais elle ne s'était éloignée autant de son lieu de naissance et de vie qu'était le Lauragais. Paul, lui, était plus taciturne qu'à l'ordinaire. Souriant. Mais peu loquace. Louise ne lui en dit rien mais elle sentait bien qu'une espèce de trac lui nouait le ventre. Alors, elle lui souriait oui se remettait près de la fenêtre du wagon pour ne rien rater du paysage verdoyant qui défilait à toute vitesse.


Depuis la gare de Luchon, il fallait pousser une heure et demie ou deux en marchant dans les contreforts pyrénéens dont les torrents gonflés de neige fondue faisaient grand bruit au printemps. Louise était impressionnée par ces paysages minéraux que ses yeux semblaient ne pas arriver à contenir. Sur les chemins escarpés, ses bottillons la trahissaient parfois sur une pierre qui roulait sous les pas.


— Comme c'est beau ! répétait-elle essoufflée.


Puis ils reprenaient la marche. Parfois Paul lui tendait-il la main pour l'aider à franchir un ruisseau. Il avait l'assurance de celui dont l'enfance avait été bercée par la montagne, ses merveilles, ses pentes escarpées, ses ubacs et ses adrets. L'air vif poussé par un vent capricieux sifflait aux oreilles de Louise mais cela lui procurait un sentiment de joie qu'elle n'aurait su décrire.


Au bout d'un long temps, Paul s'arrêta et désigna en contrehaut, au milieu d'une étendue verdoyante surmontée d'aiguilles rocheuses, deux bâtiments de pierre et de bois pas plus gros que des têtes d'épingle. A peine la jeune femme parvenait-elle à les distinguer. Ils étaient entourés de clôtures et un troupeau d'ovins y évoluait lentement.


— C'est là-haut ! s'exclama Paul.





Un peu de marche encore et un berger vint à leur rencontre. Louise comprit aux traits si proches qu'il était le frère de Paul.


—, Enchanté, Mademoiselle. Antonin ! s'exclama l'homme aux pantalons de laine épaisse en soulevant son béret.

— Je... je suis Louise, répondit-elle en souriant.

— Alors frérot ? La voici donc ta douce Louise ? demanda-t-il en donnant une grand claque dans l'épaule de son cadet. Venez, ils nous attendent là-haut.


Ils continuèrent à gravir le raidillon. Entre les sommets, un rapace tournoyait lentement dans le soleil. Quelques moutons curieux avaient rejoint les marcheurs et ponctuaient chaque pas de leurs bêlements joyeux.

Antonin s’était montré très accueillant avait posé quelques questions courtoises et chaleureuses à Louise qui, bien qu’essoufflée, s’évertuait à lui répondre. Elle avait été troublée par la similitude de leurs traits.

Paul avait aussi une sœur, Apolline, elle habitait en ville auprès de son mari, ils ne la verraient peut-être pas car ils restaient peu de temps. L’exploitation sise dans les contreforts montagneux, de petite taille, ne pouvait souffrir qu’un successeur, Antonin, l’aîné avait donc pris la suite. Paul avait été remarqué à l’école et, encouragé par l’instituteur du village, avait suivi le cursus qui lui avait permis de le devenir à son tour.


Arrivés près de la maison, un chien jappa joyeusement pour les accueillir. Une femme, d’environ soixante ans, se tenait derrière la fenêtre guignant les nouveaux arrivés tandis qu’un homme un peu voûté, ouvrit la porte.

Louise sentit instantanément que, s’ils accueillirent leur fils cadet avec beaucoup de chaleur, il y eut instantanément plus de réserve à son endroit.


— Je vous présente Louise, leur dit un Paul souriant bien qu’un peu intimidé.


La mère de Paul qui avait abandonné sa fenêtre et son père la saluèrent d’une voix presque étouffée.


— C’est elle ? demanda une vieille femme assise près de la cheminée que Louise n’avait pas encore vue.

— Oui mameta, c’est Louise.

— Approche, pichona, lui dit la vieille femme.


Louise s’exécuta. La vieille femme lui prit les mains :

— Tu as des mains qui parlent du travail de la campagne, tu as des mains qui disent la peine que tu as eue, celle des champs mais aussi celle de ta vie.


Louise était émue, impressionnée. Les yeux de la vieille femme, luisant dans la pénombre dansante du feu, ne la lâchaient pas.

Derrière elle, tout le monde dans la pièce était un peu gêné, cela se traduisait par de longs silence, des raclements de gorge.


— Le... le voyage ne vous a pas trop fatiguée ? demanda enfin Madeleine, la mère de Paul. Vous devez avoir soif... ou faim peut-être ?


Elle cherchait à engager la conversation mais ne savait pas trop comment s'y prendre. Antonin, Paul et leur père qui était attablé se souriaient. On servit un verre de vin et un peu d'eau mais la conversation ne se délia pas vraiment en dehors de quelques considérations météorologiques. Et d'autres sur les paysages si différents de ceux du Lauragais.

Quelques questions timides surgirent bien pour mieux connaître Louise, sa vie, son travail à la métairie. Elle y répondait avec application. D'une petite voix hésitante.


Paul libéra tout le monde lorsqu'il dit enfin au bout d'un long silence empesé :


— Allez Louise, je te montre ta chambre et je te fais visiter les environs. Celle du fond, maman ?


Elle acquiesça. Ils se levèrent.


* * *

Quelques heures plus tard, Louise s'était familiarisée avec les lieux. Elle avait proposé son aide à Antonin pour les moutons retrouvant les réflexes qui étaient les siens même si elle connaissait assez peu les ovins. Elle s'émerveilla sur la fragilité des jeunes agneaux. Antonin lui parla de son métier, de la solitude du berger, du pastoralisme, des transhumances, des traditions. Louise, elle, évoqua sa vie, l'élevage chez les Bourrel, son quotidien à Montplaisir.


— Et Paul ? Comment l'as-tu rencontré alors ?


Elle rougit. Balbutia. Hésita. Cela le fit rire. Elle rit aussi et se lança timidement pour relater la naissance de leur histoire.


— Je ne dis pas cela parce que c'est mon petit frère mais Paul est un homme bon. J'espère que vous vous rendrez heureux l'un l'autre...

— Il a changé ma vie, je prendrai soin de lui.


A cet instant, un jeune bélier un peu taquin la bouscula par derrière et elle tomba au milieu des moutons dans un éclat de rire. Antonin lui tendit la main.

Lorsqu'elle se releva, elle aperçut Paul, près de la maison, qui avait une discussion avec ses parents. Elle avait l'air pour le moins agitée.


— Je suis d'accord, Paul, tu la connais mieux que moi et c'est sans doute une brave fille, jolie travailleuse et tout ce que tu veux, elle le porte sur elle mais tout de même...

— Mais quoi, maman ? Qu'est-ce qui te gêne ? Qu'elle soit orpheline ? Qu'elle n'ait pas de fortune ? Qui'l n'y ait pas de dot à la clef de ce mariage ?

— Ce que ta mère veut te dire c'est que nous aurions espéré...

— Mais quoi ? Quoi donc papa ? Que pourriez-vous espérer d'autre que mon bonheur ? Vous m'avez tarabusté pour que je me marie à tout prix des années durant et maintenant que ça va se produire, vous tordez le nez.


Il retenait un peu son indignation entre ses dents pour ne pas porter sa voix.


— On le sait, tu n'es plus un perdreau de l'année, reprit son père. Tu as tardé pour te marier. Pour tout t'avouer, on s'était même dit que ça n'arriverait plus.

— On n'a rien contre celle Louise d'ailleurs mais...

— Mais quoi alors maman ? dit-il en écartant les bras au dessus de sa tête.


Louise, figée, avait vu ce geste au loin entendant même l'éclat de voix. elle se doutait bien qu'ils parlaient d'elle et que, peut-être, contrairement à ce qu'avait dit Paul, la perspective de cette union ne les enchantait pas tant que cela.


Antonin avait lui-aussi aperçu la scène et discerné le malaise qui envahissait soudain la jeune femme.


— Oh ne faites pas attention, je ne sais pas de quoi ils peuvent bien parler mais ils font toujours ça. A peine ils se retrouvent qu'ils se disputent déjà... Faites pas attention je vous dis.


Louise n'était pas dupe, elle lui sourit et soudain enhardie et pour retrouver un peu de légèreté lui proposa :


— On pourrait se tutoyer non, Antonin ?

— Avec plaisir, Louise ! J'allais vous le... te le proposer !


Et il éclata d'un grand rire tonitruant. Louise était ravie de trouver un allié tacite de plus dans la famille. Il ne lui avait rien dit mais elle sentait son soutien. Et il lui faudrait bien cela, dans les heures à venir - peut-être lors du repas du soir ? - il faudrait évoquer la cérémonie de mariage, l'organisation du jour qu'elle attendait tant. Et elle espérait que la question ne serait pas trop épineuse...


A suivre...


En avril, le feuilleton "Ceux de la Borde Perdue" paraîtra aux éditions Il Est Midi. Le livre est disponible chez votre libraire et les plateformes habituelles . Vous pouvez aussi le commander en suivant le lien suivent (port gratuit) :



Renseignements mail/contact : contact@bordeperdue.fr




Vous pourrez également retrouver ici quelques bonus, portraits des personnages, histoires inédites, anecdotes, moment de travail à la borde d'autrefois à un rythme de publication plus aléatoire. N'hésitez pas à vous abonner (formulaire tout en bas de la page d'accueil du site) pour en être prévenus.


A bientôt,

Sébastien


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